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Va-t-on vraiment manquer de pétrole pour faire le plein ?

Grégory Launay - Dernière mise à jour : 26 décembre 2009

 

Commençons par quelques notions …

L’objectif ici n’est pas de refaire une nouvelle fois un inventaire de toutes les données sur ce débat mais de clarifier les esprits en faisant le point sur les chiffes clés et les notions importantes. Commençons par quelques définitions. Tout d’abord sous le terme pétrole on différencie :

  • le pétrole conventionnel : c’est le pétrole de bonne qualité (pas trop lourd, pas trop de soufre) qui est exploité en masse avec les techniques actuelles
  • le pétrole non conventionnel : il regroupe plusieurs catégories de produits de qualité beaucoup moins bonne, soit du pétrole dégradé (les sables bitumineux) soit du pétrole qui n’a pas terminé sa formation (les schistes bitumineux) ou encore du pétrole dont la composition est atypique (condensat, extra-lourd)
  • les huiles de synthèse : ce sont toutes les formes de carburants liquides qui ont été obtenues après transformation à partir d’une autre forme d’énergie primaire fossile (gaz, charbon) ou non (agro-carburants)

Il est également nécessaire de différencier une ressource d’une réserve :

  • la ressource englobe tout le pétrole tel qu’il existe sur terre (même sous la forme la plus dégradée)
  • la réserve est la fraction de la ressource qui est exploitable par l’homme techniquement et économiquement à l’ instant où l’on donne le chiffre (et cela fait une grande différence !)

L’évaluation d’une réserve est un travail difficile qui dépend du contexte technico-économique. Elle se fait de manière statistique, on parlera donc de réserve « la plus probable ».


Qui sont les acteurs considérés comme légitimes pour fournir des chiffres dans le débat ?

On peut les classer en trois groupes :

  • les pétroliers (BP, Total et les autres), après tout ce sont eux qui fouillent le sol !
  • des organismes proches ou directement dépendants des gouvernements (l’Agence Internationale de l’Energie, l’Institut Français du Pétrole, l’OPEP, l’US Department Of Energy, etc.)
  • certaines « voix indépendantes » : des experts à la retraite, des associations (notamment l’ASPO : Association for the Study of Peak Oil and gas crée en 2000)

 

Que disent ces gens ?

Il est déjà nécessaire de constater qu’il y a un certain nombre de points sur lesquels ces gens sont d’accords. Il y a notamment une très grande convergence des points de vue sur les réserves de pétrole conventionnel.

Faisons le point sur ces données :

  • les réserves totales de pétrole conventionnel sont d’environ 330 Gtep (Gigatonne équivalent pétrole) soit 2400 Milliards de barils (1 barils = 159 litres, 1 tep = 7,33 barils), je rappelle que ce chiffre est à considérer au sens de la plus grande probabilité statistique
  • l’ensemble du pétrole déjà consommé représente 150 Gtep soit 1100 milliards de barils
  • les réserves restantes sont la différence entre les deux à savoir environ 180 Gtep soit 1300 milliards de barils
  • nous avons actuellement une consommation annuelle de 4 Gtep soit 30 milliards de barils (85 millions de barils pas jour)

Deux remarques importantes. La première est que la consommation annuelle ne cesse d’augmenter (encore +380 000 barils / jour en 2008). Il ne sert donc pas à grand-chose de raisonner à consommation constante.

Production de pétrole par région - Source : BP Statistical Review, 2009

La seconde est que nous avons consommé environ la moitié des réserves totales, en gros le verre est à moitié vide. Or, depuis un petit moment déjà, nous savons que la production de ressources naturelles non renouvelables passe par un maximum qui survient à peu près lorsque la réserve a été exploitée pour moitié : c’est ce que l’on appel le pic de production ou le pic de Hubbert (en l’honneur du géologue à qui l’on doit ce constat).

Ce point là est particulièrement important car il fait consensus. Nous sommes très proche, dans le temps, du pic de production du pétrole conventionnel. Il existe toujours des débats pour savoir s’il est pour cette année, l’année prochaine ou pour 2015, s’il sera raide ou étalé, mais pas plus. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il arrivera, et qu’il arrivera bientôt !!!

Si toutes ces personnes ont raison (ce qui est le scenario le plus probable …), la production de pétrole conventionnel va très rapidement cesser d’augmenter … puis décroître.


Quels sont les points qui font débat ?

Les points de débat portent sur les possibilités de pallier cette baisse. Deux pistes sont évoquées par les plus optimistes :

  • l’exploitation du pétrole non conventionnel
  • l’évolution des techniques permettant l’augmentation du taux de récupération (EOR en anglais pour Enhance Oil Recovery)

Les discours les plus optimistes pensent qu’il va être possible de pallier à la baisse de production du pétrole conventionnel pour permettre à la production annuelle de pétrole de croître pour un bon moment encore. Les discours pessimistes pensent au contraire qu’il ne sera pas possible de pallier très longtemps à la chute de production du conventionnel. Ils considèrent en effet que les solutions de remplacement sont en grande partie illusoires car énergétiquement et/ou économiquement désastreuses. Pour comprendre un peu mieux ce débat il peut être intéressant de jeter un œil sur les problèmes de rendement énergétique des exploitations pétrolières. J’ajouterai juste ici quelques remarques :

  • l’histoire récente nous montre que dans ce débat ce sont plutôt les optimistes qui finissent par se rallier aux pessimistes (notamment sur le pic de Hubbert) …
  • même en admettant que les optimistes aient raison, l’énergie nécessaire à l’extraction et à la production, les investissements industriels à faire (nous manquons déjà de capacités de raffinage) augmenteront de manière très importante les coûts de production

 

Quelles différences cela fait-il sur notre avenir proche ?

Les plus optimistes prédisent un avenir sous contrainte supportable. D’accord, le monde de l’énergie de très bonne qualité et pas chère se termine, mais enfin les progrès technologiques vont nous permettre de maintenir un approvisionnement énergétique en quantité suffisante.

Après tout, dans l’absolu, les ressources fossiles sont encore disponibles en quantité pharaonique, juste un peu plus difficiles à exploiter. Sur un avenir plus lointain les pétroles de synthèse (agro-carburants de seconde génération voire troisième génération) pourront prendre le relais. Restons vigilants, mais enfin, il n’y pas de quoi déranger la ménagère de moins de 50 ans !!

Prévision de production pétrolière - Source : AIE, World Energy Outlook 2008

Voici le genre de prévisions réalisées à partir de cette vision des choses. La chute de production du pétrole conventionnel est compensée pour permettre le doux et paisible chemin de la croissance …. Un joli conte pour enfants ?

Une vision plus pessimiste dirait plutôt que nous sommes à la fin d’un cycle, celui ou nous avons cru que nous pourrions disposer d’une énergie gratuite en quantité non limitée. Maintenant commence le monde fini ! Et il va falloir s’habituer à une énergie réellement physiquement limitée (dont je vous laisse deviner le prix « de marché »).


Prévision de production pétrolière - Source : Jean Laherrere, ASPO 2008

Voici les prévisions de l’ASPO. La courbe la plus probable est en bleu clair. On y voit la production globale (tous pétroles confondus) encore progresser de quelques pourcents jusqu’en 2018 puis décroître inexorablement …

 

Revenons au transport …

Aucune vision acceptable (au sens du journal télévisé de 20h) de l’avenir ne se pense sans le développement économique des pays émergents. Et dans nos esprits cela passe aussi par un développement de leurs moyens déplacement comme ce fut le cas pour nous.

Mais quel développement de la mobilité sera possible si l’approvisionnement énergétique pétrolier se met à décroitre ? Je rappellerai ici, que contrairement à d’autres secteurs, le transport est directement dépendant du pétrole

Les médias se sont bien appropriés les problèmes des émissions de CO2 mais n'abordent le problème de la ressource que par l’intermédiaire du prix de marché (le pétrole est plus cher, le pétrole est moins cher). Il faut bien comprendre que ce que l’humanité risque, c’est le manque physique de la ressource, indépendamment du prix !