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Dans quelles proportions doit-on réduire les émissions de CO2 des voitures ?

Grégory Launay - 14 février 2010 - Dernière mise à jour : 19 novembre 2011

 

Que dit la réglementation ?

Pour les constructeurs automobiles la contrainte de réduction des émissions de CO2 s’exprime avant tout par une pression des pouvoirs publics.

Cette pression s’est traduite en grande partie jusqu’à maintenant par des objectifs négociés. Dans l’Union Européenne, par exemple, cela s’est concrétisé par un « engagement volontaire » des constructeurs automobiles à atteindre des émissions de 140 grammes de CO2 par kilomètre en moyenne des véhicules vendus en 2008.

Face au demi-échec de cette politique (le résultat atteint a été de 153 grammes de CO2 par kilomètre), ce sont à présent des législations contraignantes qui sont mises en place.

Emissions moyennes de CO2 (g/km) en 2008 - Source : ACEA

L’Union Européenne a donc adopté en 2009 une réglementation  applicable à partir de 2012 et qui impose une moyenne de 130 grammes de CO2 par kilomètre en moyenne des véhicules vendus (avec quelques subtilités mais bon …). Le résultat doit être atteint au plus tard en 2015 sous peine de pénalités financières significatives. Encore un fois, taper au portefeuille se révèle souvent une méthode efficace.

Le Japon suit une politique similaire à celle de l’Union Européenne et le président Obama s'efforce de faire rentrer les Etats-Unis dans le rang avec des objectifs très ambitieux de 35,5 mpg (lire « miles per gallon ») soit environ 157 grammes de CO2 par kilomètre (ou encore 6,6 litres au 100 km) pour 2016. Cela peut paraître laxiste par rapport à la politique européenne mais le continent américain part de tellement loin que cet objectif est déjà très ambitieux (cela équivaut à une baisse de 21%, la moyenne des véhicules particuliers aux USA en 2008 est de 200 grammes de CO2 par kilomètres) !

Historique des émissions et réglementations en Europe - Source : Association T&E, rapport final 2009

Sur ce graphique on constate l’effort réalisé par les constructeurs européens depuis plus de dix ans mais également l’échec de l’engagement volontaire (les points verts au dessus desquels il aurait fallu passer). On voit aussi les courbes suivies par la Corée (KAMA) et le Japon (JAMA).

Les pays émergents s’y mettent également et on commence à voir se profiler une convergence vers une règlementation à 100 grammes de CO2 par kilomètre (~55mpg) à l’horizon 2020 / 2025.


Réglementation des émissions de CO2 des véhicules particuliers - Source : International Council on Clean Transportation, janvier 2011

Des réglementations sont également en cours d'élaboration pour les véhicules utilitaires légers (30% du parc mondial). L'union Européenne a adoptée le 15 février 2011 un objectif à 175 grammes de CO2 par kilomètre pour 2017 puis 147 grammes pour 2020. Comme pour les véhicules particuliers le non respect de cette contrainte entrainera des pénalités financières.

 

Et la contrainte physique dans tout ça ?

Très bien très bien … mais quelle est l’effet de ces réglementations sur les émissions globales de CO2 ?

La contrainte physique est décrite par les experts du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat, IPCC en anglais) de différentes manières selon les limites que l’on considère « acceptables » en termes de réchauffement climatique.

Celle retenue par les gouvernements au sein de la « Convention Climat » de l’ONU (Organisation des Nations Unies) pour discuter des accords internationaux est une division par deux des émissions de CO2 d’origines fossiles d’ici à 2050 par rapport à la référence de 1990. C’est ce que l’on appel le scénario 450 (car il correspond à une stabilisation de la concentration de CO2 à 450 parties par million) qui limiterait le réchauffement climatique à +2°C.


Emissions de CO2 d’origine fossiles - Sources : Commission Européenne (JRC), novembre 2011

Les émissions de CO2 en 1990 étaient d’environ 22 Giga tonnes. L’objectif global en 2050 est donc d’environ 11 Giga tonnes … nous sommes aujourd’hui à plus de 30 ! Le sujet est donc bien de diviser par trois les émissions de CO2, transport compris, à partir de maintenant.

Avec une hypothèse démographique à 9 milliards d’habitants en 2050, cela fixe le seuil d’émission par personne et par an à 1,2 tonnes (1,7 si la population se stabilise à 6,5 milliards d’habitants).

Emissions de CO2 fossiles par habitant - Source : MEDAD 2009 via AIE, chiffres 2006

Les émissions étant encore très inégalement réparties, tout le monde n’a pas le même effort à faire. Pour la France, cette division par deux à l’échelle de la planète (avec la référence de 1990) correspond à une division par 4 d’où le fameux « Facteur 4 » qui nous concerne. Pour les Etats-Unis il s’agit plutôt d’un facteur 10 … Il y a du boulot et c’est loin d’être gagné …

 

Pour mon automobile, ça donnerait quoi ?

Reprenons. Pour que le secteur de l’automobile respecte cette contrainte il faut donc diviser les émissions de CO2 de l’ensemble du parc par 3 d’ici à 2050 … mais avec un parc automobile qui devrait doubler d’ici là !

En considérant que le distance moyenne parcourue par chaque véhicule est constante, il nous faudrait donc une consommation moyenne divisée par 6 par rapport à aujourd’hui.

Le parc automobile actuel émet en moyenne 225 grammes de CO2 par kilomètre. Si l’on divise par 6 on obtient des émissions moyennes de 37,5 grammes de CO2 par kilomètre en 2050 (soit environ 1,6 litres au 100 kilomètres ou 145 mpg). L’âge moyen du parc automobile dans le monde est probablement supérieur à 10 ans, il faudrait donc que la moyenne des émissions de CO2 des véhicules neufs vendus soit d’environ 40 grammes de CO2 en 2040.

Cet objectif est il tout simplement techniquement possible à atteindre ? L’évolution de la réglementation est-elle sur le bon rythme ?