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A quoi pourrait ressembler le parc automobile dans quelques années ?

Grégory Launay - Dernière mise à jour : 14 février 2010

 

Mon but ici n’est pas de vous dire avec exactitude comment sera la voiture de demain mais plutôt de faire des projections tendancielles sur la taille et la consommation moyenne du parc automobile.

Ce petit exercice peut nous permettre d’estimer, dans un avenir fictif qui serait une continuité du présent, la consommation de pétrole et les émissions de gaz à effet de serre liées à l’automobile et de pouvoir ainsi les confronter aux contraintes à respecter.

 

Quelques remarques sur le marché d’aujourd’hui …

Pour comprendre l’évolution du marché il est utile de commencer par regarder à quoi il ressemble aujourd’hui. On peu le découper en deux groupes distincts :

  • le premier groupe rassemble les pays qui sont déjà bien équipés en automobiles et qui sont donc des marchés de renouvellement, principalement les pays de l’OCDE : Union Européenne, Etats-Unis, Japon, Canada, etc.
  • le second groupe rassemble les pays dits « émergents » qui en sont à différents stades d’équipement, on parle principalement des BRIC : Brésil, Russie, Inde, Chine … mais citons aussi le Mexique, l’Argentine, l’Algérie, l’Afrique du Sud, la Turquie, l’Iran, etc.

Taux d’équipement en véhicules (VP + VU) rapporté au PIB par habitant - Source : ACEA & Banque mondiale (2006, 2007, 2008), compilation de l’auteur

Ce graphique montre, pour différents pays, le taux d’équipement en automobiles ramené au produit intérieur brut par habitant. Le premier groupe se trouve en haut à droite (PIB par habitant élevé, taux d’équipement supérieur à 600 véhicules pour 1000 habitants), le second en bas à gauche.

On voie se dessiner sur ce graphique une « courbe en S » qui laisse pensée qu’un pays s’équipe massivement à partir du moment où le PIB par habitant dépasse les 10.000 dollars. C’est justement ce qui est en train d’arriver aux pays dits émergents, c’est donc clairement vers eux qu’il faut se tourner pour penser l’évolution du marché mondial.

Alors que ces pays émergents ne représentent que 10% à 15% du parc mondial, ils pèsent déjà aujourd’hui pour plus de 25% des ventes.

Ventes sur les dix principaux marchés de véhicules (VP+VUL) en 2007 - Source : ICCT, 2008

Ce graphique montre par exemple le poids de la Chine. Alors que le parc y est comparable à celui de la France (environ 40 millions de véhicules en 2008), les ventes sont proches de celles des Etats-Unis (la Chine a même dépassé les Etats-Unis sur l’ensemble de l’année 2009).

C’est cet équipement massif de grands pays émergents qui fait prédire à une croissance forte à venir du marché mondial et de la consommation de pétrole liée au transport.

Perspectives d’évolutions de la demande pétrolière mondiale par secteurs -Source : CCFA, 2006

Ainsi dans ces projections du Comité des Constructeurs Français d’Automobiles, le secteur des transports est vu comme le principal responsable de la croissance de la demande pétrolière.

Perspectives d’évolutions de la demande pétrolière mondiale par secteurs - Source : Agence internationale de l’énergie, 2004

Ce graphique de l’Agence Internationale de l’Energie montre à peu prés la même chose. La distinction entre les pays de l’OCDE et « les autres » met en évidence que c’est bien les pays émergents qui vont être responsables en majorité de l’augmentation de la demande.

 

La démographie, l’autre facteur important

Au delà de l’équipement possible des pays émergents, l’évolution de la démographie dans les pays de l’OCDE peut également impacter de manière forte le parc automobile mondial.

Perspectives d’évolution de la population jusqu’en 2050 - Source : Nations Unies, 2009

Alors que les nombres d’habitants au Japon et en Europe occidentale sont en stabilisation voire en déclin (les parcs automobiles concernés risquent donc de décroitre …), l’Amérique du Nord va garder une démographie dynamique.

A taux d’équipement constant, le simple passage de la population des Etats-Unis de 300 à 400 millions d’habitants peut faire bondir le parc mondial de 80 millions de véhicules.

 

Quelle serait l’évolution tendancielle du parc automobile mondial ?

Ces constats étant faits, tentons une première estimation simple de l’évolution du parc automobile. Commençons par regarder l’évolution de la population mondiale.

Perspectives d’évolution de la population jusqu’en 2050 - Source : INED, 2009

Les projections de l’INED nous donnent environ 7,5 milliards d’habitants en 2020 puis 9 milliards en 2050.

Faisons maintenant une projection tendancielle du taux d’équipement mondial.

Evolution du taux d’équipement mondial en prolongation tendancielle - Source : Spéculation de l’auteur

Cela nous donne environ 170 véhicules pour 1000 habitants en 2020 et 230 véhicules pour 1000 habitants en 2050.

Ces deux facteurs combinés (taux d’équipement * population mondiale) nous laissent entrevoir un parc mondial de 1,3 milliards de véhicules en 2020 et de 2 milliards de véhicules en 2050.

 

Quelle est l’évolution tendancielle des consommations unitaires ?

Les réglementations peuvent nous permettre d’anticiper la consommation moyenne des véhicules neufs vendus mais cela ne donne pas l’évolution de la consommation de l’ensemble du parc automobile.

Non seulement le parc a un temps de renouvellement important (supérieur à 15 ans) mais en plus sa structure va changer (développement des pays émergents et évolutions démographique justement).

Tentons tout de même une estimation à partir des tendances réglementaires des marchés européens et américains.


Evolution de la consommation du parc automobile mondial d’ici à 2020 - Estimation de l’auteur

Comme le montre ce graphique, ces tendances réglementaires sont très comparables : flèches rouge pour la France et bleue pour les Etats-Unis.

En faisant l’hypothèse que la baisse des émissions unitaires sur l’ensemble du parc va suivre cette même tendance, on aboutit à un chiffre de 170 grammes de CO2 par kilomètres en 2020 (décrite par la flèche verte à partir des émissions unitaires moyennes mondiales actuelles de 225 grammes de CO2 par kilomètre).

Voici donc une première estimation grossière. Celle-ci parait plutot optimiste pour plusieurs raisons.

Tout d’abord elle suppose qu’une règlementation aussi contraignante va être adoptée puis respectée par tous les grands marchés … ce qui est loin d’être fait.

Dans l’Union Européenne par exemple (qui est le continent le plus en pointe sur le sujet …) seuls les objectifs concrets à court terme ont réellement été adoptés (130 grammes de CO2 par kilomètre en 2012). L’engagement pour 2020 est pour l’instant indicatif et restera à rediscuter. Or l’histoire récente nous montre que lorsqu’on rediscute c’est plutôt pour assouplir ; la réglementation pour 2012 possède par exemple de nombreux ajustements qui vont donner en réalité des émissions plus proches des 140 grammes de CO2 km en 2015 …

Ce même passé récent dans l’Union Européenne nous montre aussi qu’il n’est pas évident que les réglementations soient respectées. Le dernier objectif de l’Union Européenne de 140 grammes de CO2 par kilomètre en 2008 (qui, c’est vrai, n’était pas réglementaire) n’a par exemple pas été atteint.

Ensuite, comme je l’ai déjà évoqué, l’évolution démographique risque de jouer à contre courant. Les pays qui ont les marchés automobiles les plus performants en émissions de CO2 (Union Européenne et Japon) ont plutôt une démographie en baisse alors que les Etats-Unis, qui font figure de mauvais élève, risquent de contribuer de manière importante à l’augmentation du parc.

Il faut enfin ajouter une dernière remarque de taille. La plupart des constructeurs anticipent un respect de la réglementation à l’horizon 2020 par un déploiement significatif de véhicules électrifiés (électrique pur ou hybride rechargeable). Un véhicule roulant à l’électricité compte dans la réglementation actuelle comme ayant des émissions de CO2 nulles or ce n’est pas le cas. La réglementation actuelle compte en effet uniquement les émissions de CO2 directes du véhicule, c'est-à-dire émises lors de la phase de roulage.

En conséquence, une réglementation respectée à 95 grammes de CO2 par kilomètre pourra correspondre à des émissions réelles de CO2 beaucoup plus élevées. La réglementation devra forcément évoluer sur ce point.

Une fois fait le tour de ces remarques, conservons cette estimation de 170 grammes de CO2 par kilomètre à l’horizon 2020.

Pour ce faire une idée de ce que cela pourrait être au delà de 2020 … il ne reste que la boule de cristal ! Le respect des contraintes décrites par le GIEC voudrait que le parc mondial soit à une moyenne de 40 grammes de CO2 par kilomètre à l’horizon 2050.

Projection de la consommation du parc automobile mondial d’ici à 2020 puis 2050 - Délire de l’auteur

Reste à savoir si un tel objectif pour 2050 est techniquement réalisable ...