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La taxe sur les carburants à la pompe influence-t-elle la consommation ?

Grégory Launay - Dernière mise à jour : 14 février 2010

 

Intuitivement nous pouvons être tentés de répondre à cette question par un non clair et net ! La voiture nous en avons besoin pour aller au travail, faire les courses, emmener les enfants à l’école … et cela quelque soit le prix à la pompe. Pour la plupart des usages nous n’avons pas trop le choix. Augmenter le prix de l’essence à la pompe ne servirait donc pas à grand-chose …

Derrière cette réponse intuitive, liée à notre quotidien, essayons d’étudier cette question sous un angle un peu plus large.


Quelles différences de consommations ?

Il faut tout d’abord bien admettre que des différences de consommation existent.  A niveau de développement identique (pour les pays de l’OCDE par exemple) on constate des écarts très importants sur le niveau de consommation énergétique, la demande de transport … et donc les émissions de CO2.

Consommation moyenne du parc automobile (VP + VUL) pour différents pays de 1970 à 2000 - Source : Agence Internationale de l’Energie, 2004

On voit ici par exemple la consommation moyenne des parcs de véhicules dans différents pays. On observe que les USA, le Canada et l’Australie se sont toujours nettement distingués avec des consommations moyennes bien supérieures à celle de l’Europe par exemple.

 

Densités de population et consommation énergétique des principaux pays occidentaux – Source : AIE 2008

Ce graphique, qui montre la consommation énergétique annuelle par habitant, permet encore de distinguer les Etats-Unis, le Canada et l’Australie. Au delà de la voiture c’est bien l’ensemble de la consommation énergétique qui y est beaucoup plus élevée qu’en Europe et au Japon.

Ce graphique montre également que ces trois pays sont ceux dont la densité de population est la plus faible. Une densité plus faible signifie plus de transports, probablement plus de déplacements en avion mais aussi des logements plus grands (et donc plus énergivore …). Ca ne parait donc pas stupide d’observer une certaine corrélation entre la consommation énergétique et la densité de population.

Emissions de CO2 par habitant et par an pour différentes villes de taille comparable – Source Jeff Kenworthy, 2003

Voici une autre illustration du cette corrélation. On peut difficilement dire que la ville de Barcelone soit sous développée par rapport à Atlanta. Et pourtant un habitant de Barcelone émet dix fois mois de CO2 pour se déplacer qu’un habitant d’Atlanta.


La taxe joue elle un rôle ?

Mais alors si les pays les moins denses ont des besoins en déplacement plus importants, pourquoi leurs voitures consommeraient-elles plus ? On pourrait s’attendre à l’inverse non ? En France, un gros rouleur aura plutôt tendance à préférer une voiture qui consomme moins. On constate en faite que la consommation moyenne des véhicules est aussi fortement corrélée au prix de l’essence à la pompe.

Prix du carburant vs consommation moyenne du parc automobile en 1998 – Source : Agence Internationale de l’Energie, 2004

Il semble donc que les Etats-Unis, le Canada et l’Australie, dont la faible densité de population a imposé une demande énergétique importante et qui au départ n’ont pas eu trop de problèmes d’approvisionnement (les Etats-Unis se sont mis à importer du pétrole dans les années 70, pas avant), n’ont pas jugé utile de taxer fortement le carburant à la pompe. Et c’est ce faible niveau de taxe qui a conditionné la piètre performance de leurs véhicules automobiles.

Production de pétrole au Etats-Unis – Source : UK Energy Research Center, Aout 2009

L’importance du prix est encore plus parlante si l’on tient compte des distances parcourues. Le graphique suivant montre la consommation totale d’essence par personne et par an pour se déplacer en voiture.

Carburant consacré à l’automobile par personne et par an en 1998 – Source : Agence internationale de l’énergie, 2004

Au delà de la sensation intuitive que l’on peut en avoir, il semble que bien que des taxes différentes sur de longues périodes aient un impact non négligeable sur la consommation de pétrole. Ce graphique me semble assez parlant !


Les taxes ont-elles eus un effet pendant la crise ?

Observons la baisse des ventes de véhicules particuliers lors de la crise de 2008.

Evolution des marchés de véhicules particuliers pendant la crise – Synthèse de l’auteur sur source diverses (CCFA notamment)

On constate qu’il n’y a pas de lien évident entre la baisse des ventes et le prix du pétrole à la pompe. Certes les Etats-Unis ont beaucoup souffert (-10%) mais des pays en Europe ont fait pire. Le marché en Grande Bretagne a chuté de prés de 12% et l’Espagne de 28% !

Un prix de l’essence à la pompe élevé n’a donc à priori pas protégé les marchés Européens des baisses des ventes brutales. La réaction des gouvernements (via les primes à la casse notamment) a semble-t-il eu un rôle important sur ces résultats.

En revanche, du point de vue des constructeurs, il semble que cette différence durable de prix (et donc de performances énergétiques des véhicules proposés) ne soit pas neutre.

Variation des ventes 2007-2008 des principaux constructeurs automobiles mondiaux – Sources CCFA, 2009

Si le marché américain n’a pas forcément été celui qui a souffert le plus on ne peut en dire autant de ses constructeurs. C'est bien eux qui ont été les principales « victimes » de cette crise. La taxe, souvent décriée, semble ici avoir eu un rôle salutaire !